05 novembre 2008

Il ne suffit pas d’être noir, métisse ou d’une quelconque minorité visible pour n’avoir que des qualités !

Je vous livre ici un texte intéressant de Zohra BITAN ( Présidente fondatrice du webdo www.ma6tvachanger.fr ) avec son point de vue sur le "succès" d'Obama.

 

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Il ne suffit pas d’être noir, métisse ou d’une quelconque minorité visible pour n’avoir que des qualités !

 

En France, des sondages nous disent qu’Obama aurait le soutien de 82% des Français. C’est une bonne nouvelle pour notre pays, un progrès considérable pour ceux qui attendent encore d’être des citoyens tout court. Mais ne nous trompons, l’Amérique, c’est loin de chez nous, ce n’est pas chez nous et leur Président ne sera pas le nôtre.

Dans les 82%, voilà une bonne occasion pour un grand nombre, de se donner bonne conscience, de se convaincre de non racisme, de tolérance, d’ouverture d’esprit, d’être In en entrant enfin dans le 21ème siècle. Et de se dire : « Comment ? Moi raciste ? Jamais ! Je soutiens bien Obama, j’ai fait la fête pour Obama, je fais partie des fans clubs d’Obama, j’ai même mis sa photo sur mon blog, etc…

C’est gratuit, ça ne mange pas de pain et ça n’engage à rien.

Ce qui manque dans tout cela c’est le fond. Oui, au fond pourquoi tous ces Français soutiennent Obama et moi avec ?

Que savons-nous au juste de ce grand pays qu’on admire et qu’on déteste en même temps ?

Pas grand-chose ne ressort dans les conversations si ce n’est qu’Obama incarne le changement, la révolution des esprits, un pas de géant pour tous d’abord parce qu’il est noir, ou plutôt métisse et qu’il a gagné d’être candidat jusqu’ici car il n’est pas encore Président, rappelons le.

Du côté de la banlieue, c’est le même engouement mais pas tout à fait pour les mêmes raisons, même si dans les 82% bien sure, sont comptés tous les français ; banlieue comprise évidemment.

 

En banlieue, chez les jeunes, en particulier mais pas seulement, la ferveur du soutien se puise d’abord dans la ressemblance ; Obama est noir, c’est suffisant ; zéro défaut. Pas de réflexion, pas de tri, pas de fouille, pas de détail. Comme si tous ceux qui se plaignent sans cesse d’être discriminés sont incapables de regarder ou d’apprécier l’autre simplement pour ce qu’il est, pour ses actes, ses engagements et en dernier d’où il vient.

Ce qu’ils reprochent aux autres, c'est-à-dire la stigmatisation de prime abord, beaucoup l’appliquent eux aussi à d’autres qui ne leur « ressembleraient pas ». Je veux dire par là, l’autre qui serait qualifié de bourge, de cadre, de trop blanc etc.…

En fait, l’entre soi est plus fort que tout et règne partout.

 

Il nous faut apprendre de part et d’autre à porter des lunettes qui voient l’Autre comme une personne et non comme une appartenance à une origine, une classe sociale ou je ne sais quoi encore. Et c’est de chaque côté qu’il faut faire l’effort car sinon le problème de la discrimination restera éternelle, insoluble et continuera de diviser les citoyens et par conséquent tout un pays.

Fille d’immigrés algériens, je n’éprouve pas de proximité particulière avec une autre fille d’immigrés simplement parce qu’un bout de son histoire ressemble à la mienne. Ma vie croise des tas de différences que j’apprécie et qui m’ont permise d’empêcher toute étiquette liée à mon origine d’être collée à ma personne. La posture que l’on adopte prédispose bien souvent de la manière dont l’Autre nous voit. Je me suis appliquée cela et ça marche plutôt bien !

 

Obama est noir et on s’en fout ! S’il avait été un démocrate blanc, issu de la grande bourgeoisie américaine, je l’aurai soutenu tout autant. En France, ne fabriquons pas un symbole mais laissons émerger par le talent, les convictions, l'intelligence et l'intérêt pour notre pays, un ou une citoyenne que nous serons, je l'espère, 82% à soutenir. Et s'il ou elle est noir(e), arabe, issu(e) des imigrations successives, homos etc... ça ne changera rien ; seule les qualités de prédiser primeront.

31 octobre 2008

Obama peut-il perdre ?

Barack Obama aurait-il déjà gagner l’élection américaine ? C’est ce qu’on peut lire dans tous les médias depuis une semaine déjà. Or, qu’en est-il vraiment ? Dans une élection présidentielle, (a fortiori quand on est socialiste !!), il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tuer.

 

Aujourd’hui, 17 Etats semblent acquis pour Barack Obama, ce qui lui confère 211 grands électeurs. John Mc Cain, lui, remporterait la mise dans 19 Etats lui offrant seulement 143 grands électeurs.

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Le système américain est particulier. L’Election Day (le mardi qui suit le premier lundi du mois de novembre), les électeurs américains sont invités à voter pour des représentants censés ensuite élire leur Président. Le scrutin se fait au suffrage indirect et chacun des 50 Etats élit un nombre de grands électeurs égal au nombre de ses Représentants et Sénateurs, soit un nombre total de 538 grands électeurs. A l’origine, le nombre de représentants est proportionnel à la population, c’est ainsi que l’Etat de Californie, le plus peuplé, dispose de 55 votes, alors que les huit Etats les moins peuplés n’en ont que 3 chacun.

 

Ensuite, le système du « winner takes all » s’impose dans 48 Etats (le Maine et le Nebraska attribuent leurs représentants à la proportionnelles) : le candidat arrivant en tête rafle la totalité des grands électeurs. C’est pourquoi aujourd’hui, nous pouvons a priori compter l’avance de chaque candidat.

 

Ce système brouille un peu les pistes. Un candidat peut gagner l’élection en remportant seulement 12 Etats sur 50 (bien entendu les 12 plus peuplés). Dans l’absolu, le futur Président peut aussi avoir remporté moins de voix populaires que son concurrent perdant. Sur le total des 50 Etats, Al Gore avait récolté 550 000 voix de plus que Georges Bush, mais celui-ci avait gagné dans l’Etat-clef de Floride.

 

Alors, aujourd’hui, les prévisions minimales donnent 211 grands électeurs à Obama et 143 à John Mac Cain. A ceux-là, il faut ajouter ceux qui pourraient les rejoindre selon les derniers sondages. Obama pourrait avoir 53 représentants en plus et Mac Cain 20. Même avec cette avance, Obama ne gagnerait pas puisqu’il arriverait à 264 grands électeurs, à 5 voix de la majorité absolue. Cependant, il peut arriver à devancer les républicains dans les 8 Etats indécis envoyant 111 représentants au Congrès.

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Bien entendu, les démocrates ont une longueur d’avance… comme en 2000 et en 2004, où Georges W. Bush avait gagné sur le fil. Restons prudents, que feront les Américains dans l’isoloir ? Même si nous ressentons ici un vent favorable pour le Parti Démocrate, qu’en est-il aux Etats-Unis ? Et rappelons que l’élection se joue dans 50 Etats, autant de batailles à remporter…

02 août 2008

Hadrien : gay, humaniste... et sanguinaire

LE MONDE | 28.07.08 | 16h30  •  Mis à jour le 28.07.08 | 16h33

C'est l'histoire du jeune chef d'une grande puissance dont la première décision est de se retirer d'Irak, où son armée s'est enlisée dans les conflits. Obama ? Non, Hadrien, empereur romain en exercice de 117 à 138.

 

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Toute ressemblance avec l'actualité internationale n'est pourtant ni fortuite ni involontaire : la remarquable exposition que le British Museum consacre à cette figure de l'Antiquité "veut rendre sa personnalité significative pour notre époque en montrant toutes les facettes de son règne : la grande puissance civilisatrice, mais aussi l'impérialisme brutal", assume le commissaire Thorsten Opper, conservateur des antiquités grecques et romaines au British Museum. Quitte à rompre avec la lecture idéaliste popularisée par Marguerite Yourcenar en 1951, dans son roman Mémoires d'Hadrien.
 
"Pour Marguerite Yourcenar, Hadrien est le leader politique dont l'Europe a besoin au lendemain de la seconde guerre mondiale : un homme cultivé, un faiseur de paix exerçant le pouvoir de manière éclairée mais ferme, qui ne cache pas ses sentiments amoureux", résume Neil MacGregor, le directeur du British Museum.
 
A l'entrée de l'exposition, une pièce déterrée il y a un an seulement lors de fouilles en Turquie : une tête colossale, exposée pour la première fois. Voici donc Hadrien l'humaniste, barbe bouclée, front haut et regard droit, tel qu'il apparaît sur les nombreux bustes et statues rassemblées par le musée, parmi un ensemble exceptionnel de 180 objets (marbres, bronzes, trésors archéologiques, pièces de monnaie, tablettes manuscrites) prêtés par 31 musées du monde entier, dont certains n'avaient jamais voyagé.
 
Passionné de culture grecque, issu d'une nouvelle élite romaine originaire d'Espagne qui tire puissance et fortune du commerce de l'huile d'olive, Hadrien prend, à 41 ans, la tête d'un empire que son père adoptif, Trajan, a étendu jusqu'à le fragiliser à force de guerres de conquête. Et partout la rébellion gronde aux marches de l'Empire contre la loi romaine.
 
"Etudier l'époque d'Hadrien, c'est aussi se poser la question des frontières de l'Europe, montrer que leur définition est politique et non géographique, analyse Neil MacGregor. L'Europe d'Hadrien englobe la Turquie et le Maghreb. Quelle Europe voulons-nous aujourd'hui : celle d'Hadrien ou celle de Charlemagne, cantonnée au nord-ouest ?"
 
Pour consolider son immense empire, le Romain commence par resserrer les frontières, abandonnant notamment la Mésopotamie, l'Arménie et l'Abyssinie ; il renforce l'armée, durcit les lois, sécurise les frontières - il érige ainsi un mur de 117 kilomètres de long entre l'Ecosse barbare et l'Angleterre romaine...
 
 
 
PAIX ET PROSPÉRITÉ

S'installe alors dans le monde romain une longue période de paix et de prospérité, un âge d'or pour les arts et l'architecture : du Panthéon de Rome à sa gigantesque villa de Tivoli, détaillée à Londres par un grand plan-relief, "Hadrien a laissé des monuments majeurs dans presque toutes les cités et fondé des villes entières. Son héritage est considérable", explique Thorsten Opper.

"En réalité, cette sécurité de l'Empire a un coût, payé par les individus, précise Neil MacGregor. Hadrien était plus complexe que son image d'empereur philosophe. Beaucoup de découvertes récentes montrent que c'est aussi un chef de guerre d'une grande brutalité, qui élimine ses rivaux avec férocité et qui mate les révoltes dans le sang."
 
Les juifs de Jérusalem l'apprendront dans la douleur. Emmenés par Simon Bar Kokhba, ils prennent les armes en 132 contre les diktats de Rome. La répression d'Hadrien fera près de 600 000 morts, sans compter les victimes des famines et des maladies. Des objets prêtés par Israël racontent le drame de ces juifs cachés dans des caves ou exilés dans le désert de Judée.
 
Reste Hadrien l'amoureux. Pas de sa femme, Sabina, mais de son amant grec, Antinous, avec qui il vit une idylle passionnée. Anéanti par la noyade de son amant dans le Nil, en 130, lors d'un voyage en Egypte, l'empereur fonde sur place la ville d'Antinoopolis, lui élève un mémorial spectaculaire dans sa villa de Tivoli et encourage le culte d'Antinous, divinisé sous l'apparence d'Osiris. "Chez Hadrien, vie politique et vie personnelle sont mélangées de façon extraordinaire. Tout ce qui est personnel devient politique, et inversement", constate Neil MacGregor. Encore une fois, toute ressemblance...
 
 

"Hadrian, Empire and Conflict", British Museum, Great Russell Street, Londres. Tous les jours, de 10 heures à 17 h 30.

Sur Internet : www.britishmuseum.org. Jusqu'au 26 octobre. Catalogue, British Museum Press, 256 p., 25 £.