19 novembre 2008
Petite histoire de premier secrétaire
Il y a eu parfois des duels. Mais dans l'histoire du Parti socialiste, depuis qu'il a pris, en 1969, la suite de la SFIO, c'est la première fois que plus de deux candidats vont se disputer le poste de premier secrétaire. Le vote des militants, jeudi 6 novembre, pèsera fortement sur les candidatures, selon qu'une motion se détachera ou non nettement en tête. Mais d'ores et déjà, il y a trois candidats déclarés à la succession de François Hollande : Bertrand Delanoë, le maire de Paris, Benoît Hamon, porte-parole de l'aile gauche, et Julien Dray, député de l'Essonne. Martine Aubry, la maire de Lille, est dans les starting-blocks. Et à défaut d'y aller elle-même, Ségolène Royal devrait laisser Vincent Peillon, député européen, défendre ses couleurs. Le scrutin aura lieu le 20 novembre, après le congrès de Reims, qui se déroulera du 14 au 16 novembre.

Au congrès d'Alfortville, le 4 mai 1969, qui voit la création du nouveau Parti socialiste, Guy Mollet pousse Pierre Mauroy, ancien secrétaire général adjoint de la SFIO - parti dont il a prononcé la dissolution au congrès extraordinaire de Puteaux, en décembre 1968 -, à prendre les manettes. Il hérite du titre de "secrétaire à la coordination". Deux mois après, au congrès d'Issy-les-Moulineaux, du 11 au 13 juillet 1969, au lendemain de l'humiliante défaite de Gaston Defferre à l'élection présidentielle, Guy Mollet choisit Pierre Mauroy comme successeur à condition qu'il prenne un de ses proches comme numéro deux. Le refus du futur maire de Lille conduit Mollet à soutenir Alain Savary, qui n'était pourtant pas de ses amis. Battant d'une voix M. Mauroy, Alain Savary devient le premier secrétaire du nouveau PS, élu par le comité directeur composé à la proportionnelle des courants.

En près de quarante ans, les successions ne se sont pas toujours déroulées selon les scénarios écrits à l'avance. En juin 1971, au congrès refondateur d'Epinay, François Mitterrand rejoint le PS avec ses amis de la Convention des institutions républicaines. L'ancien ministre de la IVe République, regardé avec suspicion par certains socialistes, ne veut pas d'Alain Savary, derrière lequel il voit l'ombre de Guy Mollet, comme premier secrétaire. Il soutient la candidature de M. Mauroy. Plutôt partant, celui-ci se heurte au veto du maire de Lille, Augustin Laurent. Et Mitterrand, qui n'avait pas sa carte du PS en arrivant à Epinay, est élu premier secrétaire.

Réélu quatre fois, sans affronter de rival, François Mitterrand abandonne ce mandat de premier secrétaire - dont il ne voulait pas à l'origine - lors du congrès extraordinaire de Créteil, le 24 janvier 1981, qui le plébiscite comme candidat à l'élection présidentielle. Le député de la Nièvre propose comme successeur Lionel Jospin, alors de facto numéro deux, en précisant que sa tâche ne relève pas d'un "intérim". "C'est un homme capable de remplir les plus hautes fonctions", ajoute-t-il. Le comité directeur l'élit à l'unanimité. M. Jospin est réélu ensuite à chaque congrès, sans concurrent.

En mai 1988, après la réélection de Mitterrand, M. Jospin entre dans le gouvernement Rocard comme ministre d'Etat, ministre de l'éducation nationale. Pour lui succéder, le président de la République choisit son candidat : son ancien premier ministre Laurent Fabius. M. Jospin s'y oppose, jugeant préférable que le premier secrétaire n'ait pas d'ambition présidentielle... Une primaire est organisée au sein du courant majoritaire A-B (mitterrandiste-mauroyiste). Elle oppose M. Fabius à M. Mauroy. Pierre Joxe tente d'éviter l'affrontement en proposant la candidature de Louis Mermaz. Peine perdue. M. Mauroy l'emporte par 63 voix contre 54 à M. Fabius. Le candidat du président obtient la présidence de l'Assemblée nationale comme lot de consolation. Il tente de prendre sa revanche au congrès de Rennes, en mars 1990, mais échoue. La préparation de l'après-mitterrandisme s'ouvre sur fond d'exacerbation des querelles internes.
"SORTI DE SES DÉCHIREMENTS"
Après Rennes, M. Mauroy prépare sa succession. Le maire de Lille échafaude un scénario à tiroirs. Il propose à M. Fabius d'être premier secrétaire et lui demande en échange de soutenir Michel Rocard comme candidat "virtuel" à l'élection présidentielle de 1995. Cerise sur le gâteau, le "jospiniste" Henri Emmanuelli sera président de l'Assemblée nationale. Le 9 janvier 1992, le comité directeur élit à l'unanimité, moins 11 abstentions, M. Fabius. M. Jospin reste à l'écart de ce "fait acquis". M. Mauroy se réjouit de voir le PS "définitivement sorti de ses déchirements". Et M. Fabius assure à M. Rocard "combien pour les grandes élections à venir, il porte l'espoir des nôtres et plus largement celui de très nombreux Français, et qu'il peut compter sur (sa) loyauté".

La paix, ou plutôt la trêve armée, sera de courte durée. Au lendemain de la Berezina socialiste aux élections législatives de mars 1993, M. Fabius, mis en minorité au conseil national du 3 avril, est contraint de démissionner. M. Rocard devient "président de la direction nationale provisoire" du PS. Le premier secrétaire étant désormais élu par les congrès, c'est celui du Bourget, en octobre 1993, qui le plébiscite (80,91 %). "En troquant le statut de "candidat virtuel" contre celui de premier secrétaire, en prétendant cumuler les deux, il incitait au retour des antagonismes de Rennes", commentera M. Mauroy dans ses Mémoires (Plon, 2003).

La valse des premiers secrétaires ne fait qu'une pause. Aux élections européennes de juin 1994, la liste conduite par M. Rocard n'obtient que 14,6 %. Malgré cet échec cuisant, l'ancien premier ministre essaie de sauver son poste. Lâché par les fabiusiens et une partie des jospinistes, il sollicite, le 19 juin, la confiance du conseil national. Le verdict est sans appel : 88 pour, 129 contre, 48 abstentions. M. Rocard est congédié. Fustigeant les "inconvenantes révolutions de palais", M. Jospin s'abstient et laisse ses amis se diviser sur le choix d'un nouveau premier secrétaire. Henri Emmanuelli bat Dominique Strauss-Kahn, par 140 voix contre 64. Le député des Landes est confirmé au congrès de Liévin, en novembre 1994, obtenant plus de 87 %.

Après la présidentielle de 1995, M. Emmanuelli cède sa place à l'ex-candidat Jospin, auréolé par ses 47,3 %. Il fait voter par les militants l'élection du premier secrétaire au suffrage direct des adhérents et l'expérimente. Le 14 octobre 1995, il est élu (94,16 %). Premier ministre le 2 juin 1997, M. Jospin reste le patron du PS jusqu'au moment où le premier secrétaire délégué qu'il a choisi, M. Hollande, lui succède. Le 27 novembre, il obtient 91 %, contre 9 % à Jean-Luc Mélenchon, porte-parole de la Gauche socialiste. Pour ses trois réélections, M. Hollande sera candidat unique. Mais l'accession à la tête du PS a rarement été un long fleuve tranquille.
Article de Michel Noblecourt - Le Monde - 06/11/08
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29 octobre 2008
La position des Anciens
OUF ! On sait enfin pour qui se prononcent Lionel Jospin et Jacques Delors ! Le premier soutient Bertrand Delanöe et le second Martine Aubry. Etonnant non ? Adhérent à la section du XVIIIe Arrondissement de Paris, l’ancien premier ministre est ami de longue date du maire de Paris qui compte dans ses rangs de nombreux « jospinistes » (Hollande & Cie, Vaillant…). Le second, ancien Président de la Commission Européenne, est le père de Martine Aubry ! No coment.
Alors, excusez-moi, messieurs et mesdames les journalistes mais, où est le suspense… et surtout où est l’intérêt ?
Petite colère saine pour bien commencer la journée. Cela faisait longtemps que j’en avais envie et aujourd’hui je me lance. Prenons le regard d’un jeune en politique, disons au hasard, de 23 ans. Delors ? Probable candidat à l’élection présidentielle de 1995 (10 ans à l’époque !) et depuis ???? RIEN. Jospin ? Candidat malheureux en 2002 (pas encore majeur pour pouvoir voter) QUI A PRIS SA RETRAITE POLITIQUE. Et depuis ??? RIEN, sinon des petites phrases, des interventions visant à critiquer l’un ou l’autre, des positions d’aigri déversant sa probable expérience dans nos débats internes… A ce sujet, j’en arriverais même à louer Laurent Fabius (sic) qui, lui aussi, a perdu à plusieurs reprises mais a su rester dans l’action et dans le débat d’idée.

Mais, QUI lui permet d’exister ? Les journalistes. S’il était considéré comme un simple militant (ce qu’il est redevenu), nous n’entendrions jamais parlé notre grand vainqueur de 1997. Entre parenthèses, quelqu’un pourrait-il me donner une définition de « Jospiniste » ? Un soutien de Lionel Jospin ? Nous l’avons tous été en 1997… mais depuis ? Cela me fait rire quand certains aujourd’hui se revendiquent du réformisme ou du renouveau quand on traîne derrière soi des « personnalités » qui ont régné sur le parti pendant une dizaine d’année sans réellement rien gagner et sans rien impulser dans notre mouvement… A bon entendeur !
Enfin, pendant qu’on est dans le rire, j’entendais sur I-Télé ce week-end, que Laurent Fabius appelait Benoît Hamon à rejoindre Martine Aubry, et dans le même temps Lionel Jospin affirmait que Delanöe et Aubry étaient « faits pour travailler ensemble ». Petit calcul : Hamon + Aubry + Delanöe = Tout Sauf Ségolène !! Et s’ils croient que c’est en pensant aux futures alliances et aux personnes à écarter qu’ils feront avancer les choses et qu’ils donneront de la crédibilité au PS, et bien bon courage !
08:50 Publié dans Colère saine, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jospin, delors, ps, aubry, fabius, royal, hamon
24 octobre 2008
Pas d'échappé sur la route de Reims

Il ne s'agit pas d'un sondage mais du résultat des intentions de vote de 52 socialistes qui comptent en Charente, les 34 principaux élus encartés et 18 militants en vue. Ce jeu de 52 cartes offre une première donne qu'il sera intéressant de comparer avec le vote de l'ensemble des militants le jeudi 6 novembre. Ils sont 982 recensés. Seuls ceux à jour de leur cotisation pourront voter, soit, espère la fédération charentaise, entre 600 et 700. Seront-ils en phase ou non avec leurs élus et leurs principaux cadres? La réponse sera édifiante.
Michel Boutant entre deux feux
Le premier d'entre eux, Michel Boutant, sénateur et président du conseil général, ne propose pas une ligne claire. Il est embarrassé et ne fera pas de prosélytisme. Il est coincé entre ses convictions strauss-kahniennes - mais Strauss-Kahn est ailleurs et ses partisans sont divisés - et les contraintes des proximités régionales. «Je penche pour Martine Aubry chez qui je retrouve l'essentiel de ce que j'attends», tranche-t-il, in fine. Pourtant son nom apparaît parmi les signataires de la motion Royal sur le site internet de l'ancienne candidate à la présidentielle. «On l'y a mis», s'excuse-t-il. Mais il n'a pas demandé à ce qu'on l'enlève.
Le PS est ainsi, une grande famille dans laquelle chacun, pour argumenter son vote, utilise plus souvent les mots «amitié, fidélité, affinité personnelle» que «conviction ou ligne politique». Sauf les plus à gauche qui votent Benoît Hamon. «C'est comme dans une négociation. Il faut pousser le curseur le plus loin possible, le plus à gauche, pour qu'il ne revienne pas trop au centre», résume Claude Burlier, maire et conseiller général de Chasseneuil, qui choisit Hamon. Comme Jacques Mikulovic, secrétaire de la section de Barbezieux: «C'est le bon compromis entre l'idéalisme et le pragmatisme.»
Parfois par enthousiasme souvent par défaut
La ligne Hamon peut compter sur des militants intransigeants sur l'ancrage à gauche, tels Alain Morange, Jean-Michel Nivet ou Pouria Amirshahi. Ce dernier, président de l'Union nationale des étudiants de France (Unef) dans les années quatre-vingt-dix, a débarqué en Charente voici quelques années. Il a de la surface et de l'exigence. «Il faut que le PS soit dans la réalité de son territoire.» En clair, pas un parti d'élus mais le parti des gens.
«Pour les idées, ce serait Benoît Hamon, soupire le député Jérôme Lambert, mais Bertrand est un vieil ami.» Il votera donc Delanoë. Comme Jean-Pierre Denieul et de nombreux élus voteront Ségolène Royal «par fidélité au combat engagé lors des régionales puis de la présidentielle».
Il y a parfois de l'enthousiasme. «Martine Aubry a la compétence et la capacité à prendre les rênes», insiste Didie Jilali, secrétaire de la section d'Angoulême. «J'aime la manière dont a été préparée la motion de Ségolène Royal et sa façon de faire de la politique», s'emballe le maire de La Couronne Jean-François Dauré.
Ivan DRAPEAU
12:55 Publié dans Actualités, Charente, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, aubry, royal, delanoe, fabius, charente

