18 novembre 2008

Il se passe toujours quelque chose au PS !

La mauvaise manière faite à l'ex-candidate à la présidentielle mais aussi aux militants réunis à Reims ressemble à un outrage fait au débat démocratique : l'édito de Jacques GUYON (Charente Libre).


Ce week-end à Reims, les quatre têtes d'affiche du parti socialiste avaient pourtant déjà fait très fort pour transformer le congrès en une parodie de débats, en une désolante comédie du pouvoir, en un inextricable bal des ego. Mais on n'avait pas encore tout vu! Manquait à ce mauvais cinéma le coup de théâtre d'hier!

Voilà en effet que le maire de Paris a décidé de frapper les trois coups d'un nouvel épisode de la guerre des chefs. Hier, comme à la Samaritaine, Bertrand Delanoë nous a démontré qu'il se passe décidément toujours quelque chose au parti socialiste! Alors qu'à Reims le premier magistrat de la capitale avait joué la carte de magnanimité sacrificielle pour cacher des fractures entre son aile royaliste et son aile aubryste en annonçant qu'il laissait chaque militant libre de choisir jeudi entre les deux meilleures ennemies du parti, hier, brutal changement d'avis! Dimanche, il mettait sa propre candidature dans un «frigidaire» - équipement ménager décidément devenu un must ces temps-ci au PS - et annonçait ne pas choisir entre les trois concurrents toujours en lice. Un positionnement lui permettant de ne point insulter l'avenir. En clair, cette abstention lui permettait de ne pas obérer davantage encore ses chances de prendre le départ de la présidentielle 2012...

Et voilà qu'hier, il se range derrière Martine Aubry. Dimanche il appelait à sortir le parti du «poison présidentiel». Hier, il appelle à voter «massivement» pour le maire de Lille. Car voici qu'il découvre que c'est «l'identité même du parti qui est en cause»... Et voilà donc comment hier on a déchiré le voile, comment on a mis fin d'une façon aussi inattendue que tordue au grand bal des hypocrisies: le «TSS», le Tout sauf Ségolène, est donc relancé à plein! Car au-delà des circonlocutions autour de l'ancrage plus ou moins à gauche du parti et de ses rapports avec un Modem dont l'importance qu'il a prise dans les débats de Reims est inversement proportionnelle à son poids réel dans le pays, ce qui apparaît très clairement désormais, c'est le choix qu'auront à faire jeudi les militants: être pour ou contre Ségolène Royal.

Le brusque revirement de Delanoë - inspiré par Lionel Jospin, murmure-t-on... - peut-il arrêter Ségolène Royal? Rien n'est moins sûr. D'abord parce que la motion Delanoë est quasi coupée en deux. Ensuite parce que la mauvaise manière faite à l'ex-candidate à la présidentielle mais aussi aux militants réunis à Reims ressemble à un outrage fait au débat démocratique. Enfin et peut-être surtout parce que Ségolène Royale peut espérer capitaliser sur la victimisation, un registre qu'elle maîtrise avec talent.

15 novembre 2008

Congrès du PS : mode d'emploi et programme

Selon un rituel établi, le congrès national du Parti socialiste s'ouvre vendredi en début d'après-midi. Les délégués seront accueillis par un discours de la maire de Reims, Adeline Hazan, et du premier secrétaire fédéral de la Marne, Jacques Meyer. Le congrès accueille les délégués élus par les congrès fédéraux qui se sont tenus le week-end dernier, les membres du conseil national sortant (le "parlement" du parti) et les parlementaires.

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Neuf heures de discours. Le congrès national commence véritablement avec les prises de parole des orateurs, réparties selon les résultats du vote des militants. Ce temps de parole est en effet proportionnel aux résultats obtenus par chaque motion lors du scrutin du 6 novembre. Selon un projet de déroulement du congrès, la motion Royal (E) aurait droit à 159 minutes, celle de Bertrand Delanoë (A) 136 minutes, de Martine Aubry (D) 133 minutes, et de Benoît Hamon (C) 102 minutes. Les petites motions disposent de 8 minutes pour le pôle écologique (B), et 6 minutes pour Utopia (F). Soit un total de neuf heures de discours.

 

Nuit des résolutions. Si les négociations n'ont pas abouti avant, le moment crucial se situe pendant la nuit de samedi à dimanche, lors de la fameuse "nuit des résolutions", où la "commission des résolutions" est chargée de trouver une synthèse entre les motions en concurrence. La synthèse peut se faire lors du congrès, entre les délégués de plusieurs ou de toutes les motions. Elle peut être générale ou partielle.

 

Vote sur le rapport de la commission. Le dimanche matin, les congressistes votent sur le rapport de la commission. Les membres du nouveau conseil national sont présentés et les candidatures au poste de premier secrétaire sont rendues publiques. Un discours du premier secrétaire termine en général le congrès, dimanche en milieu de journée.

 

Election du premier secrétaire. Quatre jours plus tard, le 20 novembre, les trois mille cinq cents sections du PS voteront simultanément à bulletins secrets pour élire le premier secrétaire, leur premier secrétaire fédéral et leur secrétaire de section. Vendredi a lieu un éventuel deuxième tour. Enfin, le samedi 22 novembre, est prévu le conseil national où sera désigné le bureau national et le secrétariat national.

24 octobre 2008

Pas d'échappé sur la route de Reims

Article de la Charente Libre - 24.10.2008


Réunion de tous les militants dimanche, vote le jeudi 6 entre les six motions en compétition: les socialistes préparent leur congrès de Reims. Tendances en Charente

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Les élus choisissent le tandem Ségolène Royal - Vincent Peillon à 35%; les militants optent pour la motion Benoît Hamon, la plus à gauche, à 33%; les quatre principales motions (Delanoë-Hollande, Aubry-Cambadélis, Hamon, Royal-Peillon) sont au coude à coude.

Il ne s'agit pas d'un sondage mais du résultat des intentions de vote de 52 socialistes qui comptent en Charente, les 34 principaux élus encartés et 18 militants en vue. Ce jeu de 52 cartes offre une première donne qu'il sera intéressant de comparer avec le vote de l'ensemble des militants le jeudi 6 novembre. Ils sont 982 recensés. Seuls ceux à jour de leur cotisation pourront voter, soit, espère la fédération charentaise, entre 600 et 700. Seront-ils en phase ou non avec leurs élus et leurs principaux cadres? La réponse sera édifiante.

Michel Boutant entre deux feux

Le premier d'entre eux, Michel Boutant, sénateur et président du conseil général, ne propose pas une ligne claire. Il est embarrassé et ne fera pas de prosélytisme. Il est coincé entre ses convictions strauss-kahniennes - mais Strauss-Kahn est ailleurs et ses partisans sont divisés - et les contraintes des proximités régionales. «Je penche pour Martine Aubry chez qui je retrouve l'essentiel de ce que j'attends», tranche-t-il, in fine. Pourtant son nom apparaît parmi les signataires de la motion Royal sur le site internet de l'ancienne candidate à la présidentielle. «On l'y a mis», s'excuse-t-il. Mais il n'a pas demandé à ce qu'on l'enlève.

Le PS est ainsi, une grande famille dans laquelle chacun, pour argumenter son vote, utilise plus souvent les mots «amitié, fidélité, affinité personnelle» que «conviction ou ligne politique». Sauf les plus à gauche qui votent Benoît Hamon. «C'est comme dans une négociation. Il faut pousser le curseur le plus loin possible, le plus à gauche, pour qu'il ne revienne pas trop au centre», résume Claude Burlier, maire et conseiller général de Chasseneuil, qui choisit Hamon. Comme Jacques Mikulovic, secrétaire de la section de Barbezieux: «C'est le bon compromis entre l'idéalisme et le pragmatisme.»

Parfois par enthousiasme souvent par défaut

La ligne Hamon peut compter sur des militants intransigeants sur l'ancrage à gauche, tels Alain Morange, Jean-Michel Nivet ou Pouria Amirshahi. Ce dernier, président de l'Union nationale des étudiants de France (Unef) dans les années quatre-vingt-dix, a débarqué en Charente voici quelques années. Il a de la surface et de l'exigence. «Il faut que le PS soit dans la réalité de son territoire.» En clair, pas un parti d'élus mais le parti des gens.

«Pour les idées, ce serait Benoît Hamon, soupire le député Jérôme Lambert, mais Bertrand est un vieil ami.» Il votera donc Delanoë. Comme Jean-Pierre Denieul et de nombreux élus voteront Ségolène Royal «par fidélité au combat engagé lors des régionales puis de la présidentielle».

Il y a parfois de l'enthousiasme. «Martine Aubry a la compétence et la capacité à prendre les rênes», insiste Didie Jilali, secrétaire de la section d'Angoulême. «J'aime la manière dont a été préparée la motion de Ségolène Royal et sa façon de faire de la politique», s'emballe le maire de La Couronne Jean-François Dauré.

 

Ivan DRAPEAU

03 septembre 2008

Sarkozy, déstabilisateur de la gauche, par Françoise Fressoz

LE MONDE | 30.08.08 | 13h53  •  Mis à jour le 01.09.08 | 19h00

 

Il ne faut pas mettre uniquement sur le compte de la panne de leadership la crise qui mine le Parti socialiste depuis ce 21 avril 2002 où Lionel Jospin, battu au premier tour de l'élection présidentielle, a déclaré forfait. Certes, la préparation du congrès de Reims, en novembre, a déclenché un "bal des ego" dont l'ampleur inégalée reflète la balkanisation du parti. Que Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, Pierre Moscovici, Julien Dray estiment tous les quatre avoir les qualités requises pour succéder à François Hollande ; que Martine Aubry y songe ; que d'autres ne l'excluent pas ; que personne ne soit en situation de l'emporter sans avoir à mener d'amples et incertaines négociations ; que cette atmosphère florentine marque à nouveau l'université d'été de La Rochelle qui prend fin le 31 août sont les symptômes les plus évidents du mal qui ronge le premier parti d'opposition, après sa troisième défaite présidentielle consécutive.

 

Mais, plus fondamentale que cette guerre des chefs, ou plutôt contribuant à l'expliquer, c'est la difficulté qu'éprouve le PS à fixer une nouvelle doctrine, sa lenteur à émettre des propositions innovantes qui expliquent sa si longue maladie. Réforme des institutions, engagement français en Afghanistan, remèdes à apporter au ralentissement de l'activité : sur à peu près tous les sujets d'actualité, le PS est pris en flagrant délit de faiblesse. Soit qu'il peine à avancer des propositions crédibles, soit qu'il se contredise d'un leader à l'autre. Nicolas Sarkozy le sait, et il en joue. La façon dont il s'ingénie, depuis qu'il est élu, à pratiquer l'ouverture, à brouiller les lignes idéologiques, à faire des incursions sur les terres de la gauche, tout en veillant à ne pas perdre de vue une droite à laquelle il a contribué à rendre sa fierté, est l'une des caractéristiques de ce quinquennat.

 

Le dernier exemple en date est la décision prise par le président de la République de mettre en oeuvre le revenu de solidarité active (RSA) dès l'année prochaine et d'en assurer le financement par un prélèvement supplémentaire sur les revenus du capital. Le choix est doublement symbolique : le RSA est une idée sur laquelle la gauche gouvernementale avait commencé à travailler à la fin de la décennie 1990, à l'époque où Lionel Jospin était premier ministre, sans avoir eu le temps de la concrétiser.

 

L'objectif était de corriger les défauts du revenu minimum d'insertion (RMI), mis en place quelques années plus tôt par Michel Rocard, en favorisant financièrement la reprise d'emploi par rapport aux revenus d'assistance par le biais de ce que l'on appelait à l'époque l'allocation compensatrice de revenu. C'étaient les disciples de Michel Rocard - Roger Godino et Alain Richard notamment - qui y travaillaient. En reprenant à son compte le projet, rebaptisé entre-temps RSA et porté de façon consensuelle par Martin Hirsch, l'un des symboles de la politique d'ouverture, M. Sarkozy s'inscrit sans complexe dans les pas de l'ancien premier ministre socialiste, auquel il n'a pas manqué de rendre hommage, jeudi 28 août, à Laval (Mayenne)

 

OBJECTIF : BLOQUER LA RÉNOVATION

M. Sarkozy pouvait choisir de s'arrêter là, mais il a délibérément poussé plus loin en optant pour un financement 100 % de gauche, consistant à"taxer les revenus du capital pour soutenir les revenus d'activité". M. Hollande, le premier secrétaire du PS, n'a pu que s'en réjouir, tout en faisant immédiatement monter les enchères : "Il faut faire en sorte que ceux qui bénéficient du bouclier fiscal, qui paient l'impôt sur la fortune, soient maintenant sollicités", a-t-il rétorqué.

 

Politiquement, le choix présidentiel n'est pas sans risque. A peine la décision connue, l'aile libérale de la majorité a tiqué et le patronat s'est rebiffé. Ils ont eu la désagréable impression ne plus reconnaître l'homme qui, pendant la campagne électorale, avait promis de baisser les impôts et les charges et qui, à peine élu, avait cherché à susciter un "choc de confiance" par des allégements de l'ordre de 14 milliards d'euros dont une partie était à l'époque clairement destinée aux contribuables les plus aisés.

 

Mais entre le désagrément de prendre à revers ses soutiens et l'avantage de déstabiliser une nouvelle fois la gauche, le président de la République n'a pas hésité. Au nom d'un calcul politique simple : tant que personne de crédible n'émergera en face de lui, il aura les mains libres pour avancer. Et ce, même si le contexte économique devient de plus en plus difficile à gérer.

 

Certes, bien d'autres raisons peuvent justifier le brusque coup de barre à gauche de M. Sarkozy : adresser un signe à l'électorat populaire qui l'a abandonné au lendemain des élections municipales ou encore tenter de retrouver les bonnes grâces des syndicats, choqués par son récent coup de force sur les 35 heures. Mais le fait que son annonce tombe à la veille de l'université d'été de La Rochelle n'est pas un hasard : c'est d'abord le PS que le président de la République a voulu gêner en chassant sur ses terres et en le poussant à la surenchère.

 

M. Sarkozy voit que l'aile réformiste du PS est à l'offensive. Elle en a résolument fini avec le marxisme, mais elle cherche encore une doctrine de substitution. Elle est en ébullition intellectuelle avec le développement de "think tanks", dans la mouvance de Dominique Strauss-Kahn ou la constitution de groupes de travail derrière Mme Royal. Mais elle est aussi à découvert : son autocritique du passé la pousse à reconnaître, à l'instar de M. Delanoë, que M. Sarkozy traite un certain nombre de sujets dont la gauche n'a pas eu le courage de se saisir : la réforme des retraites, l'autonomie des universités, la restructuration de l'Etat...

 

Sa quête de racines la fait brusquement flirter avec le libéralisme, qui, rappelle M. Jospin, "fut une doctrine des libertés individuelles" (Le monde comme je le vois, Gallimard, 2005), mais qui appartient aussi au patrimoine de la droite. D'où un gros risque de confusion avec le "social-libéralisme" dont se revendique, par moments, le chef de l'Etat.

 

C'est sur cette porosité que joue M. Sarkozy. D'un côté, il laisse François Fillon attaquer la gauche en affirmant que "la droite a gagné la bataille idéologique". De l'autre, il flatte l'aile moderne du Parti socialiste, en reprenant à son compte une partie de ses propositions ou en poursuivant, autant qu'il le peut, le débauchage de personnalités qui, à l'instar de Claude Allègre, estiment que le parti n'évolue pas assez vite. Rénovateur de la droite, il est aussi le déstabilisateur de la gauche, celui qui perturbe les modérés pour mieux faire monter les extrêmes.

 

Françoise Fressoz

Chef du service Europe-France