14 avril 2009

La Charente redécoupée

Une circonscription urbaine, une rurale, une à dominante viticole, tel est le projet de redécoupage législatif proposé, à ce jour, par le gouvernement

 

À compter des prochaines élections législatives programmées dans la foulée de la présidentielle en 2012, la Charente ne comptera plus que trois députés contre quatre aujourd'hui. Dans un souci de juste représentation que personne ne conteste, le gouvernement a décidé de rééquilibrer les circonscriptions de sorte qu'un député pèse environ 120.000 habitants. La Charente, avec 347.000 habitants, revient donc à la situation d'avant 1986 quand elle n'avait déjà que trois députés.

 

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Reste à redécouper les circonscriptions, en s'appuyant sur les cantons, pour passer de quatre à trois. Les ciseaux ont été confiés à Alain Marleix, secrétaire d'État aux Collectivités territoriales (voir CL d'hier). Pour la Charente, à ce jour, il envisage une circonscription urbaine qui épouse les contours de la communauté d'agglomération du Grand-Angoulême (Comaga), une circonscription à dominante viticole autour de Cognac et du Sud-Charente et une grande circonscription rurale allant de Rouillac à Montbron via Ruffec et Confolens .

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L'exercice prête le flanc au procès d'intention en tripatouillage et charcutage. À l'instar du football, dont chaque passionné est un sélectionneur potentiel de l'équipe nationale, chaque parti politique, chaque élu, voire chaque citoyen a son point de vue. Le conseil fédéral du Parti socialiste (PS) en débattra demain mercredi. Le projet gouvernemental n'est pas rejeté en bloc. Il est discuté à la marge - certains verraient mieux Rouillac et Hiersac avec Cognac - ou plus fondamentalement, notamment sur la spécificité urbaine de la circonscription d'Angoulême.

 

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«Je pense sincèrement que nous avons besoin, dans un département comme le nôtre, d'avoir un pied dans la ville et un pied dans la campagne. On y gagne une meilleure perception de la réalité des problèmes des gens», insiste Jean-Claude Viollet, député PS de la première circonscription depuis 1997. Il se refuse néanmoins à davantage de commentaire: «La circonscription ne m'appartient pas. J'ai le mandat du Parti socialiste, c'est à lui de débattre et de proposer, d'être l'interlocuteur du gouvernement», ajoute-t-il.

«C'est l'électeur qui décide»

Les Verts ont également réagi au projet Marleix. Réitérant leur préférence pour un système proportionnel, ils rejettent, par la voie de Jean-Yves Le Turdu, l'idée d'une circonscription urbaine qui «ouvre la voie à la concentration du pouvoir aux mains d'un seul homme, maire de la ville, président de la Comaga et député». Ils prônent une répartition de l'agglomération dans deux circonscriptions, Cognac assurant le pôle urbain d'une troisième.


Pour mémoire, en 1986, François Mitterrand instaure les élections législatives à la proportionnelle par département. La Charente passe de trois à quatre député. Deux ans plus tard, après la première cohabitation et au lendemain de l'élection présidentielle, retour au scrutin uninominal. Entre-temps, Charles Pasqua a pris ses grands ciseaux pour découper la Charente en quatre circonscriptions. Il en taille une sur mesure pour la gauche, la quatrième que détient aujourd'hui Martine Pinville. But de la manœuvre, concentrer les cantons à majorité de gauche dans le même ensemble pour laisser un maximum de chances à la droite dans les trois autres. Ce qui n'empêchera pas au fil des scrutins la victoire de Marie-Line Reynaud (2e), Jérôme Lambert (3e) et Jean-Claude Viollet (1re), tous socialistes. Ce qui fait dire à ce dernier: «De toute façon, c'est l'électeur qui décide.»


Article de la Charente Libre - 14.04.2009 - Ivan DRAPEAU

18 novembre 2008

Il se passe toujours quelque chose au PS !

La mauvaise manière faite à l'ex-candidate à la présidentielle mais aussi aux militants réunis à Reims ressemble à un outrage fait au débat démocratique : l'édito de Jacques GUYON (Charente Libre).


Ce week-end à Reims, les quatre têtes d'affiche du parti socialiste avaient pourtant déjà fait très fort pour transformer le congrès en une parodie de débats, en une désolante comédie du pouvoir, en un inextricable bal des ego. Mais on n'avait pas encore tout vu! Manquait à ce mauvais cinéma le coup de théâtre d'hier!

Voilà en effet que le maire de Paris a décidé de frapper les trois coups d'un nouvel épisode de la guerre des chefs. Hier, comme à la Samaritaine, Bertrand Delanoë nous a démontré qu'il se passe décidément toujours quelque chose au parti socialiste! Alors qu'à Reims le premier magistrat de la capitale avait joué la carte de magnanimité sacrificielle pour cacher des fractures entre son aile royaliste et son aile aubryste en annonçant qu'il laissait chaque militant libre de choisir jeudi entre les deux meilleures ennemies du parti, hier, brutal changement d'avis! Dimanche, il mettait sa propre candidature dans un «frigidaire» - équipement ménager décidément devenu un must ces temps-ci au PS - et annonçait ne pas choisir entre les trois concurrents toujours en lice. Un positionnement lui permettant de ne point insulter l'avenir. En clair, cette abstention lui permettait de ne pas obérer davantage encore ses chances de prendre le départ de la présidentielle 2012...

Et voilà qu'hier, il se range derrière Martine Aubry. Dimanche il appelait à sortir le parti du «poison présidentiel». Hier, il appelle à voter «massivement» pour le maire de Lille. Car voici qu'il découvre que c'est «l'identité même du parti qui est en cause»... Et voilà donc comment hier on a déchiré le voile, comment on a mis fin d'une façon aussi inattendue que tordue au grand bal des hypocrisies: le «TSS», le Tout sauf Ségolène, est donc relancé à plein! Car au-delà des circonlocutions autour de l'ancrage plus ou moins à gauche du parti et de ses rapports avec un Modem dont l'importance qu'il a prise dans les débats de Reims est inversement proportionnelle à son poids réel dans le pays, ce qui apparaît très clairement désormais, c'est le choix qu'auront à faire jeudi les militants: être pour ou contre Ségolène Royal.

Le brusque revirement de Delanoë - inspiré par Lionel Jospin, murmure-t-on... - peut-il arrêter Ségolène Royal? Rien n'est moins sûr. D'abord parce que la motion Delanoë est quasi coupée en deux. Ensuite parce que la mauvaise manière faite à l'ex-candidate à la présidentielle mais aussi aux militants réunis à Reims ressemble à un outrage fait au débat démocratique. Enfin et peut-être surtout parce que Ségolène Royale peut espérer capitaliser sur la victimisation, un registre qu'elle maîtrise avec talent.