14 octobre 2009
Le suicide est-il une mode ?
Plus d'un siècle après l'oeuvre de Turkheim sur le suicide, la question revient dans l'actualité à cause de la « vague » de suicides chez France Telecom. Dans cet ouvrage, il défend l'idée selon laquelle le suicide est un fait social à part entière. La statistique montre en effet que le suicide est un phénomène social « normal » - car régulier - que l'on retrouve dans la plupart des sociétés. Pour information, il propose quatre types de suicide :
- Le suicide égoïste : l'individu n'est pas suffisamment rattaché aux autres (cf. le suicide de célibataires).
- Le suicide altruiste : les individus ne s'appartiennent plus et peuvent en venir à se tuer par devoir (suicides dans l'armée, dans des sectes).
- Le suicide anomique : les individus sont moins tenus, leurs conduites sont moins réglées, leurs désirs ne sont plus limités ou cadrés. Ils peuvent éprouver le "mal de l'infini" où tout semble possible alors qu'en fait tout ne l'est pas.
- Le suicide fataliste : la vie sociale est extrêmement réglée, les marges de manœuvre individuelles sont réduites. Le contrôle social, les normes sont trop importantes (cf. le rituel hara-kiri au japon).
Les sondages successifs montrent que les salariés considèrent que le travail est plus dur actuellement qu'il y a 50 ans. Or, peut-on comparer le travail de la mine avec les industries motorisées actuelles ? Le secrétariat à la main ou à la machine à écrire avec l'assistance de direction informatisée ? J'en doute...

Il faut replacer dans le contexte. A l'époque, le moindre écart pouvait valoir un renvoi, mais il y avait le plein emploi avec la possibilité de retrouver un boulot, notamment manuel, très facilement. Aujourd'hui, il existe une protection sociale et salariale et il semble que les salariés (notamment du public) soient « protégés ». Or, la situation n'est pas aussi claire.
Aujourd'hui, ce sont les cols blancs qui se suicident le plus. Les ouvriers semblent plus épargnés par le suicide car il persiste encore une solidarité de « classe » qui leur apporte un soutien moral devant l'adversité. Les cadres intermédiaires sont souvent mis en porte-à-faux par des patrons de plus en plus absents du terrain qui gèrent leur entreprise depuis leur bureau, à partir de statistiques. Nous ne sommes plus dans les entreprises familiales comme l'a longtemps été Renault avec une approche paternaliste, de fait protectrice.
Lancer un questionnaire dans les services ne résoudra pas les problèmes. Il faut réfléchir à une autre échelle en remettant du lien social dans le monde du travail (je ne fais pas de distinction entre le public et le privé), c'est l'étape essentielle d'une restauration de la confiance entre les dirigeants et les employés.
11:52 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : suicide, france telecom


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