01 février 2009

"Femme debout" : Ségo et les éléphants

Cette semaine, les meilleurs morceaux du livre "Femme debout", de Ségolène Royal. Pendant un an, l'ex-candidate à la présidentielle a confié ses secrets, ses doutes, ses colères, à Françoise Degois. Sur son échec au congrès du PS, sur la guerre que lui livrent les éléphants, sur la personnalité de Sarkozy… sur elle aussi, le parler vrai de Ségolène décoiffe.

 

Le regard des éléphants : "Cette femme est une sorcière."

"Ils ne s'arrêteront jamais. Leur psychologie est très simple en fait. Elle est liée à la conception profonde qu'ils ont de la politique. Ils pensent très basiquement : Je suis mâle, je suis dans le cursus, j'ai fait les bonnes études, j'ai tous les mérites, je suis l'homme qu'il faut. C'est une conception patrimoniale et possessive de la politique, comme le capitalisme des héritiers. […] La primaire a été pour eux un rapt profond qu'ils ne surmonteront jamais. S'ils étaient vraiment sages, ils se diraient qu'ils ne sont, que nous ne sommes que des passagers de la politique et que, puisque j'ai été choisie par les militants, puis par le peuple, ils doivent me suivre. (…)La décomposition du PS, au fond, ils s'en moquent, ils pensent que de toute façon ils gagneront au prochain coup. Ils pensent que l'agonie sera tellement lente qu'ils ramasseront inévitablement la mise. (…) Moi, je suis très claire. S'il y en a un de meilleur que moi, qu'il y aille, je ferai même sa campagne en 2012. Mais pardon, pour le moment, je ne vois pas. J'aime cet argument stupide qui consiste à me dire : "Ségolène, protège-toi, le parti détruit toujours celui qui le dirige…" Eh bien soit ! qu'il me détruise. Puisque je suis nulle de chez nulle. Parce que c'est bien ça, non ? Je suis nulle de chez nulle. La bonne aubaine, le parti qui me détruit… mais non, évidemment, c'est un argument spécieux, abject. La vérité, c'est qu'on ne peut pas prendre le risque. On ne sait jamais… si on prenait le risque que le parti ait 700.000 adhérents, qu'on ouvre les grilles de Solférino, qu'on fasse revenir les artistes et les intellectuels, qu'on se remette à réfléchir joyeusement à la politique. Mon dieu, quelle horreur, cette femme est dangereuse, c'est une sorcière… Surtout pas elle… on ne sera plus chez nous (rires). (…) Le poison est entré si violemment dans ce parti. Et, eurêka ! ils ont trouvé une femme pour battre une autre femme. Avec l'idée que nous nous battrons au sang et qu'eux pourront ramasser la mise en 2012. C'est de l'inconscience à l'état pur, c'est de l'irresponsabilité, c'est une forme de perversion absolue. (…) Et pendant ce temps, les Français vont souffrir… Mais ils s'en foutent éperdument, ils ne pensent qu'à eux, à ce processus de congrès stupide."

 

"Femme Debout", par Ségolène Royal. Entretiens avec Françoise Degois. Denoël, 288 pages, 19 euros.

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